La Guinée avance à reculons
C'est le titre d'une chanson qu'a écrite un ancien volontaire, et je trouve qu'il définit bien le pays dans lequel nous nous trouvons, et notre ville d'autant plus.
N'Zérékoré. Troisième ville de Guinée, environ 200 000 habitants, la ville la plus hétéroclite de toute cette région d'Afrique de l'Ouest. Au carrefour de quatre pays, elle réunit aussi bien de grosses ethnies comme les Peuls et les Malinkés que de plus locales comme les Guerzés ou les Tomas. Elle réunit aussi toutes les religions car la Guinée, à majorité musulmane, a été particulièrement christianisée en Forêt, chez nous. Sans oublier qu'ici se côtoient sierra-leonais, libériens et ivoiriens réfugiés.
C'est dans cette diversité que l'on baigne chaque jour, sans compter les libanais, environ une communauté de 30 personnes, et nous autres blancs, qui sommes une vingtaine, tous travaillant en ONG, à part moi qui suis en vacances, et qui ai le temps de discuter avec les gens (tailleur, voisins...)!
N'Zérékoré. C'est une ville entourée de routes goudronnées, qui toutes s'arrêtent à l'entrée de la ville, vaste piste défoncée où demeurent quelques vestiges de goudron en mémoire d'une époque plus glorieuse. On trouve même quanité de poteaux électriques, lampadaires, néons aux magasins...comme s'il y avait l'électricité...alors que la ville est plongée dans le noir dès 19h chaque soir. Même chez nous la légende continue: chauffe-eau (2!), clim, frigos, prises...peut-être que ça a marché un jour. Même l'eau courante, nous sommes de grand privilégiés de l'avoir assez souvent, car la plus grande partie de la ville n'en bénéficie pas. Cependant à l'heure où je vous parle, il y a 3 jours que l'eau est coupée, mais là aussi nous sommes chanceux d'avoir un puits pour les coups durs !
Bref, N'Zérékoré, une ville-village, qui s'était développé à une époque, mais qui a tout perdu au travers des récentes guerres civiles voisines, c'est maintenant un gros village perdu au milieu de la brousse et de la forêt qui l'entoure. Ici, les gens aiment bien les blancs, leur font payer le même prix qu'aux locaux, ne cherchent pas trop à les truander, mais ils savent que tant qu'il y aura des blancs chez eux, c'est le signe que leur région a besoin d'aide, car on est encore loin du concept de tourisme ou d'entreprise ici, et un blanc=une ONG. Pas toujours facile comme contexte.