Le forage
Comme il est d'actualité de parler d'eau, j'ai pensé qu'un petit reportage sur les problèmes d'eau à N'Zérékoré vous ferait plaisir. En effet, depuis 2 mois la population se démène pour chercher de l'eau pour son quotidien, sans parler de l'eau potable. Il y a en général 2 solutions classiques: les veinards (comme nous), qui ont un puits dans leur jardin, ce qui permet d'avoir de l'eau terreuse et verreuse à souhait, et les moins chanceux (comme nous aussi) qui doivent aller au forage tous les jours pour chercher de l'eau propre. Vous vous doutez bien qu'un toubabou n'irait jamais lui-même chercher ses 100 litres d'eau quotidiens, et c'est là que rentre en jeu le travail des enfants, auquel nous contribuons bon gré mal gré. J'envoie maintenant mon petit voisin de 12 ans, Idrissa, chercher de l'eau 3 fois par semaine...

Il y a environ un forage par quartier, soit un point d'eau pour 3000 personnes, ce qui veut dire qu'il y a une file d'attente continue de 10 personnes du lever au coucher du soleil au point de forage. Personne n'est là pour ordonner le passage des gens, et tout devient une question de hiérarchie, les plus vieux passent en priorité même si d'autres plus jeunes attendaient depuis déjà une heure.
Ca crie, ça se bouscule, et on attend, on a chaud, on attend de saisir la bonne opportunité pour pousser le bidon du voisin et mettre le sien sous le filet d'eau.

Pendant l'attente, qui peut durer plusieurs heures, la vie continue, les bébés sont bien sûr au rendez-vous, car quoi que fasse une mère elle a toujours son enfant avec elle. Chaque personne remplit ses seaux, bassines ou bidons pour l'ensemble de sa concession, et les ramène soit en brouette s'il est un peu riche, soit un par un sur sa tête, ce qui peut lui prendre le reste de la journée, selon la proximité du forage par rapport à sa concession.

Et voici mes fidèles porteurs, en route pour la maison... On pourrait se poser la question sur l'éthique du système, nous qui clamons haut et fort notre action de développement dans ces pays, mais il y a des choses contre lesquelles on ne peut rien faire, alors on accepte de faire comme les autres, au nom de l'intégration et du "on n'a pas le choix"...
Cependant, il ne faut pas se leurrer. Ceux qui se donnent bonne conscience en pensant que ça fera de l'argent de poche aux enfants pour s'acheter des bonbons se voilent la face. Tout l'argent reçu est donné immédiatement à la mère, ou à la famille. Pour cette raison-là, j'opte souvent pour des dons en nature en gâtant un peu le petit Idrissa, mais je ne peux pas éviter d'"acheter son travail", sinon sa famille viendra me trouver et me réclamer son dû.
C'est ça aussi la Guinée...